Gauvain Sers sur les traces de Renaud

Gauvain Sers

Gauvain Sers, 27 ans, est la dernière sensation de la chanson française. Son premier album, s'est classé numéro 1 des ventes de disques les deux premières semaines. Quelques bonnes fées se sont penchées sur sa carrière naissante. D'abord Tryo, qui l'a pris en première partie sur une dizaine de concerts, et surtout Renaud qui l'a carrément amené avec lui en tournée pour assurer toutes ses premières parties. Pas mal pour se faire connaître. Il est vrai qu'entre le vieux grognard de la chanson française et le p'tit gars de la Creuse, il y a des mots, des intonations, des inspirations communes. "J'ai beaucoup écouté Renaud, s'enthousiasme Gauvain. J'ai été influencé par sa manière de chanter. Le personnage et ce qu'il dégage humainement me touchent énormément".

"Gauvain, ce n'est pas courant du tout. Un prénom moyenâgeux. Un chevalier de la Table ronde. C'est sûr, je me suis fait pas mal chambrer depuis tout petit. Mais pour la musique, c'est bien. Parce que ça se retient. Je tiens ma revanche". Dire qu'il aurait pu aussi bien s'appeler Tristan, Amaury et même Enguerrand, trois autres prénoms médiévaux, les prénoms de ses trois frères.

Il y a chez Gauvain Sers, comme chez Renaud, des clins d'oeil appuyés à l'enfance, une tendresse démesurée envers les gens qui accrochent son regard et des énervements rebelles face à l'intolérance. On se retrouve ainsi, au gré des titres de son album, dans Le ventre du bus 96 ou Dans la bagnole de mon père, ou encore Entre République et Nation et même à Hénin-Beaumont. "Elle avait pourtant un beau nom/ ma commune d'Hénin-Beaumont/ J'ai vu la haine dans ses suffrages/moi je déménage".

"Je suis assez peu dans l'imaginaire. Plus dans l'observation. La plupart du temps, ce sont des choses que j'ai vraiment vues". Comme dans Sur ton tracteur. "Autour de la maison familiale, ce ne sont quasiment que des agriculteurs. Ce que je raconte dans cette chanson, c'est l'histoire de la famille dont on était le plus proche quand j'étais petit, des agriculteurs de père en fils. Des gens humains et généreux".

Né à Limoges (Haute-Vienne), Gauvain débarque donc de la Creuse. Après avoir été parisiens, ses parents (père enseignant, mère pharmacienne) ont choisi d'aller vivre à la campagne. Brillant dans ses études, Gauvain suit une école d'ingénieur, en maths appliquées. Il est diplômé, formé pour devenir statisticien-informaticien. Sauf qu'il a toujours aimé écrire de la poésie, raconter des histoires. "On écoutait beaucoup de chanson française à la maison. Et on allait aux concerts, notamment ceux de la nouvelle scène française". Il découvre Les Têtes Raides, les Ogres de Barback, Jeanne Cherhal, Vincent Delerm... "J'étais fasciné, absorbé".

Il monte à Paris, non pas pour chercher du travail, mais pour tenter sa chance comme chanteur. Il trouve un lieu, un bar, Comme chez Leprest, du nom du fameux auteur-interprète. Son vocabulaire est intemporel. Certains sujets aussi. "Mais j'aime également parler de mon époque, en témoin. J'ai toujours un carnet dans mon sac. Au cas où je sois inspiré par un sujet, un angle de vue. Je laisse ensuite germer avant de prendre le stylo. À ce moment-là, je suis dans l'ébullition de l'écriture. J'aime alors que ce soit écrit en deux-trois jours. La musique vient assez rarement en même temps. Je teste des mélodies. Je garde celle qui me plaît le plus".

Il souligne avoir beaucoup écouté le folk américain. Rien de révolutionnaire dans ses chansons. Au contraire, les thèmes abordés restent classiques. Mais l'écriture est juste, les images souvent attachantes. Et puis le garçon a un ton. Et de l'humour: "Pourvu que son père soit pas le sosie de Donald Trump j'vous en supplie", plaide-t-il en évoquant une petite amie.

Ah oui, chante-t-il encore, pourvu que cette petite amie ne rejette pas sa casquette en velours côtelé qui fait partie de son image... "J'étais dans un marché, à Bruxelles (Belgique). J'ai essayé cette casquette. Elle m'allait bien, je l'ai gardée. Elle fait à la fois casquette de campagnard et de titi parisien, moi le mec de la campagne parti jouer de la musique à Paris".

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