"Acoustique" le nouvel album de Bernard Lavilliers

Bernard Lavilliers - Acoustique

Après le succès de son album "Baron samedi", le nouvel album acoustique de Bernard Lavilliers est sorti le 24 novembre : 14 grands classiques re-arrangés et re-orchestrés, agrémentés de duos inédits : avec Catherine Ringer dans "Idées noires", Faada Freddy dans "Melody tempo harmony",  Jean-Louis Aubert dans "On the road again" et Oxmo Puccino dans "Les barbares". Un véritable tournant musical et une tournée de 80 dates, Bernard Lavilliers a enregistré un nouvel album revisitant 14 titres de "Betty", à "Attention fragile", "La grande marée", ou encore "Les mains d’or". Une tournée acoustique de 40 dates débute.

Le concert est plus exigeant mais le public le suit : des solos de batterie, de guitare, de violoncelle, de clavier scandent certaines chansons. Lavilliers s’offre le luxe de débuter le concert par le texte d’une de ses chansons parlé : "Troisièmes couteaux". La chanson est parlée et la voix de l’artiste est à l’image de la voix chantée, une voix au timbre riche, expressive et vivante. Toujours le même texte et pourtant une écoute différente : silence de la salle, attention aux mots et au rythme des sonorités mais aussi un sens qui émerge autrement. Le public ne s’y trompe pas, il écoute, il  rit, il s’étonne de ces mots qui d’habitude font vibrer le corps et qui là, le traversent.

Les textes de Lavilliers sont toujours très écrits et on se prend à rêver qu’un échange symbolique soit possible, au-delà de l’univocité du commerce marchand des signes que dénonçait Baudrillard, en marge des systèmes et de la tonitruance médiatique. Car la salle écoute… un moment presque sacré.
Puis, très vite, la musique portée par les musiciens poly-instrumentistes de ce quintet sur scène, revient. Mandela disait que : "La politique peut être renforcée par la musique, mais que la musique a une puissance qui défie la politique"

Le concert traverse les albums que l’on connaît tant mais tout semble nouveau : particulièrement "New York juillet", "Betty", ou "Petit" sur un rythme de flamenco… Une autre manière de poser les mots, une autre manière de faire sonner la musique, de nouvelles orchestrations… et des textes que l’on entend autrement, par la déclinaison nouvelle qui en est faite.
Mais toujours une même révolte et des engagements forts et Lavilliers de ponctuer son concert intime d’adresses politiques à la salle : "Profitez-en ! Y’a plus de pouvoirs !".

Le spectateur participe à l’œuvre de façon active et sa collaboration est même nécessaire, car la partition n’est pas figée et l’artiste ouvre toujours un champ de possibles lié à cette ambiguïté constitutive de la chanson que chaque spectateur fait vivre à l’aune de sa culture, ses affects et ses émotions dans une perspective toujours originale.   

Une anecdote illustre cette tendance. Dans "Baron samedi", Lavilliers propose une chanson politique "Vivre encore". Dans un de ses concerts, à Marseille, un couple s'installe : deux personnes âgées, archétype de ces duos qui se tiennent par la main, malgré la vie qui a passé... La dame boîte, elle a visiblement des douleurs. Il l’aide, lui glisse un coussin sur sa chaise, s'occupe d'elle. Et la dame me dit : "Ce concert pour moi ce soir, c'est très particulier". Elle m'explique : "Il y a juste un an, j'ai appris que je souffrais d'un cancer. Ce soir, c'est la première fois que nous ressortons... car  je viens d'apprendre que je suis en rémission. J’ai choisi Bernard Lavilliers pour me saisir de toute l'énergie qu'il sait donner dans ses concerts... parce  que je veux (et elle a eu un beau sourire entendu), vivre encore."

Paraphrasant Barthes,  nous pourrions dire que chanter "C’est ébranler le sens du monde, y disposer une interrogation indirecte, à laquelle (le chanteur) par un dernier suspense, s’abstient de répondre".

"On The Road Again" en duo avec Jean-Louis Aubert, extrait de l’album "Acoustique".