16 comédiens pour un hommage à Georges Brassens

Hommage à Brassens
Georges Brassens aurait eu 95 ans, qui marque aussi le 35e anniversaire de sa mort. Parmi les hommages se détache un album Brassens sur parole(s), où l’on entend à nouveau sa prose magique, rafraîchie par les voix qui lui redonnent vie. Car dans ce disque, dont Louis Chedid est le maître d’œuvre, pas de chanteurs, mais de grands comédiens qui font goûter le verbe de Brassens comme jamais. Qu’ils aient choisi d’interpréter, de dire, de chanter ou même de fredonner Brassens, ces acteurs se régalent et leur plaisir est communicatif. Primesautier, Jean-Pierre Darroussin ouvre le bal avec une version enlevée de J’ai rendez-vous avec vous. "On retrouve une insouciance juvénile à interpréter cette chanson, confie-t-il, c’est celle du premier rendez-vous, c’est aussi sa première chanson. J’ai éprouvé de la jubilation à le faire". Une gaieté qui s’entend crescendo au fil du texte, avec art.
 
Louis Chedid, qui a porté le projet avec la famille Brassens, raconte qu’il a pensé "textes" en tout premier. "Les mots de Brassens sont tellement éloquents, bien écrits... Demander à des comédiens de s’en emparer me paraissait une bonne idée".
 
Toutefois, le musicien n’en sera tout à fait certain qu’après le premier enregistrement, celui de Guillaume Gallienne, qui interprète La Prière, et "là, j’ai su que cette bonne idée allait se traduire par un résultat à la hauteur", se réjouit Louis Chedid.
 
Les comédiens pressentis adhèrent au projet. Chacun a son histoire personnelle avec Brassens, tant son œuvre irrigue toujours notre époque. Valérie Bonneton, qui interprète avec sensibilité Chanson pour l’auvergnat, confesse l’avoir découvert sur le tard, mais maintenant, "je l’écoute en boucle, avec mes enfants, en vacances". 
 
Michel Bouquet, pour sa part, raconte son émotion à dire, avec la magnifique intensité qui le caractérise, Il n’y a pas d’amour heureux d’Aragon, mis en musique par Brassens. "C’est un auteur prodigieux, comparable à n’importe quel poète du XVIe siècle, une des paroles les plus nobles et les plus franches que je connaisse. Les chansons de Brassens sont belles, fortes, nécessaires", ajoute Michel Bouquet.
 
Julie Depardieu s’est vu confier Le Gorille. Elle rend avec justesse la raillerie anarchiste de cette chanson "écrite contre la peine de mort", rappelle-t-elle. "Franchement, le projet donnait envie, c’était marrant. On connaît tous Brassens, on a tous des souvenirs en bagnole, à demander si c’est encore loin, en écoutant Brassens". Mais quand Louis Chedid lui a proposé ce texte, "je lui ai dit que je n’y arriverai pas?! Le Gorille est assez connu, et il y a beaucoup de paroles…".
 
Une réaction éprouvée par la plupart des interprètes, intimidés par l’œuvre et la personnalité de Brassens. "J’avais la crainte de mal faire", confie avec simplicité Michel Bouquet. D’autant que, précise Louis Chedid, "la musique est très élaborée. Même si elle paraît simple à l’écoute, les musiciens savent qu’elle est difficile à chanter, avec des rythmes différents, beaucoup d’accords, une construction très personnelle".
 
Il s’est donc entouré d’une équipe de musiciens impeccables, et a conçu une orchestration enlevée et joyeuse, qui soutient avec brio les comédiens. Puis, il a les libérés de l’obligation de chanter, défi qu’ils ont finalement presque tous relevé.
 
Restait à choisir les chansons en cohérence avec leurs personnalités. À Léa Drucker, la légèreté des Amoureux des bancs publics, à François Berléand, la causticité du Temps ne fait rien à l’affaire, à Audrey Tautou, la gouaille de La Mauvaise Réputation, à Karin Viard, l’ironie de Mourir pour des idées, quand le regretté Roger Dumas a planté sa voix rugueuse Auprès de mon arbre…
 
Ils ont été seize à participer à l’aventure, reprenant ensemble en final, Les Copains d’abord. Tous inspirés, mais avec encore deux sommets dans ce bel album dont chaque morceau fait mouche. Les Passantes, dont Pierre Richard fait entendre la mélancolie avec une grâce touchante, et la Supplique pour être enterré à la plage de Sète, dite par André Dussollier avec un humour, une profondeur, qui suscitent émotion et respect. Et nous font nous souvenir que Brassens nous manque.
 
Brassens sur parole(s), 17 chansons interprétées par 16 comédiens, direction artistique de Louis Chedid. Mercury Music et Universal 15,99 €.
 
En vidéo ci-dessous --> L'enregistrement de Brassens sur parole(s)