Albin de la Simone est l'un de nous

Albin de la Simone
Depuis 2003, Albin de la Simone a publié 5 albums ("Albin de la Simone" 2003, "Je vais changer" 2005, "Bungalow !" 2008, "Un homme" 2012 et "L'un de nous" 2017), aux chansons à la fois pop et singulières, inspirées par les choses de la vie de l'homme, les thèmes éternels de l'amour, de l'amitié, du temps qui passe. Albin de la Simone est aussi musicien, producteur, auteur, compositeur ou arrangeur pour d'autres chanteurs: Vanessa Paradis, Alain Souchon, Alain Chamfort, Keren Ann, Arthur H, Mathieu Boogaerts, JP Nataf, Iggy Pop, Salif Keita.
 
Lui qui a sans conteste le goût revendiqué des belles choses au service d’autrui (la liste de ses probantes collaborations donne le vertige), n’a longtemps suscité qu’un engouement modéré dès qu’il apparaissait en première ligne. Trop de chansons jouant au pitre ou à la maligne et une amplitude vocale limitée. Ce constat-là a explosé en vol il y a trois ans avec Un homme , disque d’une classe folle aux multiples potentialités émancipatrices. Albin de la Simone poursuit dans son cinquième album studio cette conquête de l’élégance et de la sobriété. Ni pesanteur ni noirceur lustrée mais une mélancolie prégnante et tenace ainsi que des orchestrations en dentelle et gracieuses.
 
Le piano droit étouffé impose sa prédominance, magnifie une sorte d’intensité apaisée. Plus libre et spontané, moins dirigiste, le quadra ne se tient pas à un cahier des charges préétabli. Chante avec une légèreté admirable. Et s’entoure d’un casting majoritairement féminin. On y décèle notamment un duo à la sensualité raffinée (A quoi, avec Sabina Sciubba, chanteuse des Brazilian Girls), la voix enregistrée sur répondeur de Vanessa Paradis (Ado).
 
A l’instar de sa précédente livraison et de son emballant titre Mes Epaules, Albin de la Simone a l’art de sublimer ses ouvertures d’album. Impossible ainsi d’offrir une quelconque résistance devant la beauté suprême du Grand Amour, morceau à l’élan cinématographique. Péril amoureux qui fait frissonner et fait écho aux obsessions intimes de son auteur: la thématique du couple et la fragilité de sa longévité. Les chansons s’enroulent dans le flot des situations et des sentiments. Il est question de fantasmes tentateurs (A midi on m’a dit), de dérapages après la perte d’un enfant (les Chiens sans langue), d’une déclaration post-mortem (Embrasse ma femme), d’espoirs enfouis (Ma barbe pousse). De l’ensemble émane un spleen délicat, une sensibilité mouvante, un doux halo de sérénité. Albin de la Simone continue d’asseoir sa légitimité de chanteur. Et d’une sacrée belle manière.
 
Un mot sur la voix d'Albin, encore, puisqu'elle est au centre de son album. Le chanteur se produit parfois en concert sans micro, invitant le spectateur à faire un pas dans sa direction. Si ce n'est pas une voix forte, c'est une voix qui porte profondément à l'intérieur. Son histoire rappelle celle de Chet Baker : celle d'un musicien de jazz qui finit par se découvrir chanteur. L'extrême sensibilité de leur timbre les relie. Ce n'est pas une plainte. Il s'agit au contraire d'un baume. Après le baume du tigre, le baume de l'ours Albin, avec sa guirlande allumée autour du cou. Il procure un effet aussi intense que persistant.
 
En vidéo ci-dessous --> Albin de la Simone - Le grand amour